Texte fondateur

Nous, membres fondateurs de ZANMI AYITI, issus d’horizons professionnels, culturels, religieux, géographiques et politiques divers, partageons la même passion pour Haïti. Le même souci de travailler à l’établissement de relations fortes entre nos pays. La même exigence de relations respectueuses de nos cultures et de nos histoires croisées. Le même devoir de solidarité. Nous sommes francophones, habitons la France, la Belgique, le Canada ou d’autres pays et avons en commun une histoire avec Haïti qui est le moteur de notre engagement : une histoire professionnelle, une histoire personnelle, parfois une histoire familiale.

Haïti est assurément l'un des pays les plus touchés par les conséquences des colonialismes. Ne serait-ce que parce qu'il dut, un siècle durant, payer une énorme « rançon » à la France, avant d'être placé sous contrôle des Etats-Unis. La punition infligée, dès 1804, à la première république noire indépendante par l'Occident explique pour partie le désastre économique, la fragilité d'un Etat qui n'assure presque aucun service public, le désastre écologique ou la poussée démographique ou migratoire... Des décennies de tutelle, d’interventions politiques ou militaires ont participé à l'état d'extrême délabrement du pays, antérieur au séisme de 2010 et dans lequel la responsabilité des élites haïtiennes est aussi engagée. La solidarité, pour les pays des deux côtés de l'Atlantique, n'en est que plus nécessaire.

Mais Haïti ne peut être réduite aux images de misère, de catastrophes, d’impasses politiques, de violences ou d’erreurs passées qui en sont habituellement données par les médias et les organisations humanitaires. Sans nier les problèmes, sans refuser de débattre des difficultés que traverse Haïti et des limites des programmes d’aide, nous voulons contribuer à transmettre une image plus positive d’Haïti. Tous les programmes de développement ne sont pas des échecs, tous les efforts ne sont pas vains et caillou après caillou, certaines situations s’améliorent. Nous en avons été les témoins et parfois aussi les acteurs. Haïti est aussi riche de son histoire, de sa peinture, de sa musique, et de la bonne humeur de ses habitants ! Au milieu du gué, la vie continue et elle est aussi souvent joyeuse ! Nous travaillerons à une meilleure connaissance d’Haïti, à un renforcement des échanges entre nos pays et nous relaierons les initiatives heureuses, utiles, abouties !

Nous savons que la pauvreté globale régresse à l’échelle de la planète et que le progrès économique est l’arme première de la lutte contre la pauvreté. Les programmes de développement améliorent la qualité et l’accès aux services de base comme la santé et l’éducation, mais trop nombreux sont ceux qui refusent de s’engager sur des dépenses dont ils pensent qu’elles relèvent de la seule responsabilité de l’Etat ou des usagers de l’école ou de l’hôpital. Ils mettent en avant la nécessaire mais pas suffisante « responsabilisation » de l’usager ou de l’Etat pour finalement accepter la perte de chance que constitue une scolarité manquée ou partielle, une prise en charge médicale impossible ou retardée le temps de mobiliser l’argent nécessaire. Notre aide, concrète, s’inscrira dans le travail de partenaires haïtiens, attachés à améliorer la qualité des services de base. Mais nous voulons que les fonds que nous mobiliserons permettent aussi d’offrir de nouvelles chances aux exclus de ces services en finançant des soins gratuits ou un accès gratuit à une école de qualité. Des chances qui peuvent faire changer une vie tout en respectant la dignité de ceux qui en bénéficient. Des aides concrètes forcément limitées, mais qui s’attacheront à donner du sens à l’idée que l’accès à la santé et à l’éducation sont des droits universels.

Le tremblement de terre de janvier 2010 a une nouvelle fois démontré les limites d’une organisation très centralisée. Les projets d’accueil et d’insertion des réfugiés en province, et notamment dans le département du Nord-Ouest, ont montré comment la « province » pouvait rééquilibrer son rôle par rapport à Port-au-Prince. Notre partenaire dans le département du Nord-Ouest a déjà une expérience concrète et réussie de programmes d’appui à la gouvernance locale et à la mise en œuvre de plans de développement communaux. Pour aller plus loin, nous croyons à l’intérêt de rapprocher des collectivités locales haïtiennes et françaises autour des questions de gouvernance, de gestion du foncier, de protection de l’environnement et d’échanges humains. A titre d’exemple, le déboisement quasi-généralisé d’Haïti est l’une des plus sérieuses hypothèques sur l’avenir du pays. Les coûteux programmes de reboisement communautaire mis en œuvre depuis des dizaines d’années ont eu un impact très limité. Il y a toujours là, un enjeu majeur pour assurer la promotion de solutions alternatives et déjà connues à l’utilisation du charbon de bois ou pour soutenir de nouvelles initiatives volontaristes de gestion du patrimoine foncier des collectivités locales.

Les motivations à donner de son temps ou de son argent sont multiples : compassion, culpabilité, raison, devoir, émotion… Nous ne saurons jamais comment elles s’ordonnent dans nos têtes, mais les arguments que nous développerons pour susciter des dons ou mobiliser des bénévoles écarteront toute forme de misérabilisme et feront appel au sens des responsabilités de chacun. Partager est un devoir. Au-delà des convictions de chacun d’entre-nous, notre démarche collective est libre de toute attache politique ou confessionnelle. Nous défendons le principe de laïcité et le développement de services publics de santé et d’éducation de qualité mais nous sommes avant tout pragmatiques et nos partenaires de terrain devront d’abord faire la preuve de la qualité de leur travail de terrain.

Les membres de ZANMI AYITI s’engagent à fournir à l’association les ressources humaines bénévoles et financières dont elle aura besoin pour se faire connaitre et développer ses activités. L’ampleur des projets soutenus dépendront de notre capacité à construire et à développer un réseau de professionnels bénévoles et de donateurs. Les frais de fonctionnement seront réduits au minimum et financés par les seules cotisations des membres, le recours à des salariés sera exclu pour que nos choix ne soient pas dictés par des impératifs de structure. Ainsi nous pouvons prendre l’engagement de transférer à nos partenaires l’intégralité des dons reçus.

 

En pratique…

Un premier ancrage dans le département du Nord-Ouest en appui à l’ONG haïtienne ADEMA

ZANMI AYITI est issue de la convergence de trois initiatives : celle d’ADEMA, ONG haïtienne de développement à la recherche de nouveaux partenaires et de nouveaux financements, celle d’un groupe d’intervenants bénévoles du GREF auprès des programmes scolaires d’ADEMA désireux de prolonger et de diversifier leur engagement auprès d’ADEMA, enfin celle d’anciens responsables de programmes de développement en Haïti désirant mettre leur compétence et de nouveaux moyens financiers au service de partenaires haïtiens. ADEMA est le premier partenaire de ZANMI AYITI, mais nous pourrons nous ouvrir à d’autres partenariats, notamment dans le domaine de la santé.

ADEMA elle-même est issue d’une double initiative : celle d’un petit groupe de cadres haïtiens prêts à relever le défi de la « reprise » des programmes de développement menés par Inter Aide puis Initiative Développement (ID) pendant de nombreuses années dans le Bas Nord-Ouest et celle d’ID de participer activement à l’émergence de partenaires locaux, professionnels. ADEMA a acquis une compétence et une reconnaissance forte dans deux domaines d’activités :

  • La conduite de programmes de développement local très participatifs (appui à l’élaboration et à la mise en en œuvre de programmes pluriannuels de développement communaux) ;

  • L’appui au système éducatif du bas Nord-Ouest (création d’une école normale d’instituteurs, centre de formation continue d’instituteurs, encadrement d’écoles, ouvertures de nouvelles écoles primaires).

     

Renforcer les échanges avec Haïti

Haïti a été la plus ancienne et la plus riche des colonies françaises. Pourtant il a fallu attendre plus de deux siècles pour la première visite d’un ministre français des Affaires étrangères (en 2005) et le tremblement de terre de 2010 pour la première visite d’un président de la République française ! C’est dire les zones d’ombres et les ambiguïtés qui persistent malgré une coopération plutôt généreuse… Que savons-nous ici de l’histoire d’Haïti et de ses différentes péripéties ? Aussi, il nous parait important de faire du « lobbying » auprès des collectivités territoriales françaises pour promouvoir des opérations de jumelage-coopération avec leurs homologues haïtiennes.

Il nous parait tout aussi important de développer les échanges structurés entre écoliers ou groupes de jeunes haïtiens et français. Pour cela, nous développerons des outils destinés à faciliter le travail des enseignants désireux d’engager une démarche de ce type. Ces outils seront adaptés aux systèmes scolaires français et haïtiens et nous proposerons également une progression et une grille d’activités de façon à les étaler sur l’année scolaire et faciliter le travail des enseignants : découverte de l’histoire de chaque pays, découverte des modes de vies actuels, découvertes et échange sur les difficultés rencontrés par les enfants des deux bords de l’Atlantique. Cette activité se fera en partenariat avec l’association KURIOZ et pourrait faire l’objet d’un important développement après la phase expérimentale.

Enfin, sous la responsabilité de professionnels de l’information et observateurs de l’histoire récente d’Haïti, comme Christophe WARGNY, auteur de plusieurs livres sur Haïti, le site internet de ZANMI AYITI veut apporter une information originale sur Haïti, faciliter les forums et débats sur l’aide au développement en Haïti et accueillir un ou plusieurs blogs.

 

Créer et gérer trois fond de solidarité : fond de scolarisation, fond pour des soins gratuits, fond environnement.

  • Un fond de scolarisation financera l’accès gratuit à une école de qualité pour un nombre croissant d’enfants. Il s’agit donc de prendre en charge les frais de scolarité habituellement demandés aux familles et une partie des coûts de formation et d’encadrement des écoles. Ces aides ne seront apportées qu’à travers une ONG de développement (ADEMA dans le Bas Nord Ouest) qui garantit la qualité de la formation reçue par les maitres, assure leur encadrement tout au long de l’année, et leur permet de recevoir un salaire décent, garant de leur implication et de la qualité de leur travail.

  • Un fond pour des soins gratuits se substituera à certaines familles pour financer les soins et les frais de transport pour se rendre à l’hôpital conventionné avec ZANMI AYITI le plus proche et adapté à la situation du patient. Trop de décès sont imputables aux délais nécessaires pour que les familles rassemblent l’argent nécessaire aux soins… Pour les urgences, des mécanismes d’avance de fonds seront négociés et contractualisés avec les structures de santé partenaires et une concertation à distance rapide pourra être mise en place lorsque le montant de la dépense justifiera l’accord préalable de l’association. Les structures éligibles pour bénéficier du fond de solidarité devront répondre à un cahier des charges précis. A plus grande échelle, la réflexion sur les soins gratuits avance et diverses initiatives ont été mises en place de par le monde. Toutes les expériences pilotes montrent que la gratuité favorise l’accès aux soins : augmentation importante de la fréquentation des dispensaires et des hôpitaux, présentation au médecin de pathologies graves jusqu’ici négligées ou mal soignées, meilleure observance pour des traitements de longue durée comme le SIDA.

  • Un fond pour l’environnement est destiné à soutenir toute action novatrice en la matière. Une idée, entre autres, nous paraît innovante dans ce contexte : la mise en chantier d’une réflexion sur la création d’un Parc Naturel Régional Côtier dans le Bas-Nord-Ouest. Il pourrait être le point d’ancrage concret de programmes de coopération décentralisée (jumelage avec un parc national français habité, partenariats universitaires, implication de collectivités territoriales françaises), permettre d’accompagner une démarche de planification au-delà du niveau communal avec les décideurs élus, favoriser des partenariats publics/privés (tourisme, exploitation du bois…) et intégrer ainsi la dimension reforestation et protection de l’environnement dans une démarche de développement global.

Dans un premier temps, les fonds collectés serviront à démontrer à petite échelle qu’il est possible de reboiser des terres publiques et de sécuriser les terrains reboisés…

 

Développer un réseau de professionnels, de bénévoles, de donateurs et de partenaires

Anciens cadres d’organismes de volontariat, d’ONG ou d’organisations internationales, ayant travaillé en Haïti, associations impliquées dans des microprojets de développement, familles ayant adopté un enfant en Haïti, amis de familles haïtiennes, haïtiens vivant à l’étranger, petites communautés qui se sont mobilisées lors du tremblement de terre et toute personne se sentant concernée par Haïti : ZANMI AYITI est ouvert à tous.

Le site internet, la newsletter, le forum et les réseaux sociaux seront les outils indispensables au développement du réseau. Il sera constitué de professionnels, de bénévoles et de donateurs :

  • Des professionnels du développement ayant conduit ou participé en Haïti à des projets de développement dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’environnement, pourront assurer la veille technique et le suivi qualité des projets soutenus, identifier et mobiliser de nouveaux partenaires occidentaux pour nos partenaires haïtiens, conduire le cas échéant des missions d’appui technique ou d’évaluation bénévoles à la demande de nos partenaires…

  • D’autres bénévoles s’investiront ici sur la mobilisation de ressources, la recherche de nouveaux donateurs, l’animation du réseau, le développement de partenariats, les projets de jumelages scolaires, la gestion et l’administration de l’association…

  • Enfin, nous développerons le réseau des donateurs (personnes morales ou particuliers) sur la base d’une approche « à bas coût ». Il n’y aura pas de frais de collecte, ni de frais administratifs de gestion des fonds collectés en raison du recours exclusif à une équipe de bénévoles et à une communication sobre s’appuyant sur le site internet, des encarts gratuits dans les journaux, une information diffusée par courrier électronique et le bouche à oreille. L’objectif est de transférer 100 % des dons reçus. Les quelques frais administratifs incontournables ou les frais de déplacement seront financés à partir des cotisations d’adhésion. Nos partenaires haïtiens devront assurer une transparence financière parfaite et rendre compte précisément auprès de ZANMI AYTI et de ses donateurs des actions entreprises et de leurs résultats. Nous souhaitons cependant que ces retours d’information prennent la forme la plus dépouillée possible (utilisation des supports modernes de communication, pas d’envoi personnalisé comme c’est souvent le cas dans les organisations de parrainage) et n’oblige pas nos partenaires à y consacrer un temps trop important, mieux utilisé sur les actions concrètes !

Le 22 octobre 2011